| Ecrit par Wouakenwol, le 29-06-2007 21:49 |
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Souvenirs … (soupirs…) Quelque part autour de Sospel (Alpes Maritimes) - 750 GSXR/L 17 Août 1998 - 14h43. 47,5° Celsius au sol. Hypnotisé par le hurlement suraigu de mon Yosh, ivre de chaleur et d’adrénaline, trempé de sueur dans mon cuir et dans mes gants, je rentre comme un frapadingue deux rapports à la volée avant le lacet suivant. En pleine courbe et en seconde, je crache les 115cv de mon R de 9000 à 14000 (la magie du 750…), ce qui provoque instantanément un décollage brutal de la roue avant et une montée de température d’environ 15° sur mon jean déchiré aux genoux….
200 mètres plus loin, alors que la roue avant daigne enfin reprendre contact avec la Terre, il est plus que temps de se jeter sur le frein avant dont les plaquettes ont pris feu depuis bien longtemps… Le droite saignant qui me saute à la gueule me shoote des giclées d’adrénaline pure dans les veines, tandis que mon genoux droit s’ouvre, créant l’appel d’air nécessaire à foutre sur l’angle la meilleure machine que j’ai jamais eu. Cette meule, elle m’a appris à viser. Et c’est dans ce décor sublime que je mets à profit son enseignement, me jetant d’une courbe à l’autre au son « Marshallien » du Yoshimura dans les tours. Rien que de l’écrire, j’en ai des frissons dans le dos, mes mains et de mes jambes tremblent et mes veines brûlent…. Le manque…. Cette montée de col, je l’ai faite des dizaines de fois. D’ailleurs, cette route est à moi. Pour toujours. D’un côté la falaise, de l’autre le précipice, et le son du Yosh qui se répercute d’une falaise à l’autre. La rocaille chauffée à blanc trouble la vue, les sapins épars rappellent qu’on est à 700 mètres d’altitude, tandis que les torrents de montagne giclent sous la route à la faveur des lacets. La température au sol flirte avec les 50 °, le goudron noir et luisant, martyrisé par un soleil impitoyable, fond et dégage une odeur que seul un amoureux de la route peut aimer. Cette putain de départementale restera gravée au fond de moi comme mon plus pur souvenir de pistard routier…… Des caillasses jonchent de temps à autre l’asphalte brûlant. Les lacets blancs s’enchaînent à un rythme démoniaque sur un fond d’un bleu qui n’existe que dans la tête des suicidaires….. Un de ces putains de lacets, m’a laissé un souvenir impérissable : après un droite incurvé qui passe à 7000 en zgonde, le développé de la côte s’étire majestueusement en trois-quatre courbes légères sur 200 mètres où on peut envoyer la purée comme un porc en ligne droite, avant de se jeter in extremis à un bon 180 dans ce fameux gauche en lacet. L’arrivée à toute berzingue dans ce virage provoque immédiatement un état de grâce que seul les plus malades d’entre nous ont déjà connu : c’est comme si la route était coupée devant ma roue avant, là bas à 50 m…. c’est comme si j’étais sur un tremplin pour me jeter dans l’immensité bleutée du vide, et être enfin soulagé de cette chienne de vie. A chaque passage, je me demandais si j’allais couper ….….. hypnotisé par tant de beauté…. Une osmose parfaite avec la nature. Ceux qui aiment la plongée en apnée sauront tout de suite à quoi je fais allusion.….. Les vingt kilomètres déserts de cette montée au col du Brouis sont dans mon esprit torturé, apparentés à une montée aux cieux…. La route n’est pas trop mauvaise, mais elle tabasse quand même pas mal. Je me suis enivré de longues heures, assis seul à l’ombre des arbres du col, des odeurs de résine, de goudron et de genévrier. J’y ai même dormi, après une ascension encore plus infernale que les autres, vidé, trempé, haletant, le regard lointain de ceux à qui la liberté a souri un jour….. Mon R a vécu là bas les moments les plus palpitants, les plus affolants de sa vie, prenant des angles qu’il n’a pris nulle part ailleurs, et des régimes tellement limites que Mister rupteur devait le rappeler bruyamment à l’ordre…… Il y a arrrrraché la gomme de ses pneus à s'en faire péter les armatures, il y a frotté de longues secondes ses bas de carénage, il y a bu de l’huile à la bouteille, il y a vibré, gueulé, hurlé, obéi à mes ordre comme personne, sans jamais faire un écart, sans jamais me rappeler, moi son maître, à l’ordre….. Et malgré tout il a toujours souffert en silence… Il y a repoussé les lois de l’équilibre quand l’arrière chassait sur du goudron mou, quand l’avant couinait à mort par terre, suppliant que je relâche le frein. Il m’y a construit, façonné à son galbe, forgé l’ossature, dessiné la musculature, il m’a rendu encore plus dingue que je ne l’étais, il m’a voûté les épaules, bloqué les articulations, il a fait de mes mains des étaux et de mes yeux des viseurs, et par-dessus tout, il m’a donné confiance en moi. Il m’a fait hurler dans mon casque, il m’a fait rire, grandir, râler, il m’a soulagé de mes peines, a effacé ma honte parfois. A son guidon, j’y ai chialé comme un môme, insulté tout ce que la Terre comptait de connards, maudit tout ce que la Terre comptait de connasses. J’ai tambouriné son réservoir, lui ai filé des coups, comme à un chien sur qui on se venge du mal qu’on nous a fait. Une confiance absolue s’est forgée entre lui et moi : j’ai toujours su m’arrêter quand je pressentais une merde, si je sentais qu’il manquait d’huile…. Oh, pas besoin de regarder le niveau, ça s’entend, ça se sent à l’odeur, aux vibrations… Il a toujours fait son boulot sans rien dire, avec plaisir et passion, rattrapant même mes exagérations d’aliéné… Notre entente est fusionnelle. A vie. Dernière mise à jour: 28-08-2007 18:33
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