| Ecrit par Wouakenwol, le 04-07-2007 00:41 |
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Au hurlement du 4 pattes qui approchait, on s’est jetés à la porte du café comme sur un verre de Jack, ahuris par la rapidité des montées en régime et le rugissement sauvage de l’engin inconnu qui nous arrivait en pleine gueule. Du jamais vu, ni entendu. Eric a renversé son demi sans même s’en être rendu compte, Oliv’ s’est pris les pieds dans son casque et a bien manqué de s’étaler, tandis que Manu et moi avons fait le holeshot du comptoir à la rue… - … Merde, c'est quoi ce truc … ?
Tétanisés par le mugissement suraigü du missile bleu et blanc qui nous arrive dessus, on a tout juste eu le temps d’apercevoir sur ses flancs quatre lettres de feu qui allaient, à partir de ce jour, marquer nos destinées à jamais …. On n’avait encore jamais vu passer un engin aussi vite. Jamais un quatre pattes n’avait fait ce bruit là ni pris un tel régime. Cette machine semblait tout droit sortie du stand de Méliand et putain, elle sentait la poudre … Elle avait bien été annoncée par la presse mais personne n’en avait encore jamais vu, ce jour là, la surprise nous a cloué au sol. A son passage, dans un miaulement déchirant, elle nous a raclé la couenne et a déplacé tellement d’air qu’on s’est regardés, abasourdis, incrédules, interloqués tandis qu’un frisson nous a arrraché l’échine du bas vers le haut : c’était presque de la peur… Longtemps, le frapadingue à son guidon nous a gratifié du feulement d’acier du S.A.C.S premier du nom… Encore tremblants, on est rentrés dans notre quartier général, le bar « chez Lucette et Raymond » sans parler, aveuglés par la vision d’enfer que nous venions d’avoir. Le silence, inhabituel en ce lieu, a gagné tout le comptoir et même la grosse Lulu, pour une fois, fermait sa grande gueule. Raymond, une maïs au bec et les pognes sous la pompe à bière nous observait, intrigué… Tous étaient muets de nous voir dans cet état. Les deux blondinettes à qui on faisait du gringue 3 minutes avant, n'existaient plus. Eric a relevé son verre et a léché pensivement le comptoir, Oliv' a récupéré son casque qui trônait au milieu des mégots, et Manu a allumé un clop foireux, les mains tremblantes. J'ai posé mon fiacre sur un des tabourets du bar, mes jambes ne me tenaient plus. Tous se sont assis lentement, fébriles, et seul Eric a troublé le silence, s’adressant à nous trois : - « Putain, t’as vu ça … ? » - …… - … dingue … - … merde … - …… On a immédiatement compris à cet instant, que le monde avait cessé de tourner et que plus rien ne serait comme avant. Ce missile sol-sol avait définitivement fermé le bouquin de 100 piges de Motocyclisme, et en avait ouvert un autre : celui de l’Hypersport. Tout à coup, plus rien n'avait d'importance : nos projets, nos désirs, nos envies : rien ne comptait. Le pirate qui venait sans le savoir d'altérer le peu de raison que nous avions, avait également marqué au fer rouge nos cerveaux débiles d'un sigle qui nous suivrait jusqu'à notre mort : G-S-X-R… Remués au plus profond de nos tripes, les yeux hagards et le ventre en feu; on est partis, loqueteux et sans rien dire sur nos 125 RDX, GT et LT3, avec une certitude commune : un jour, putain, un jour … Dernière mise à jour: 04-07-2007 00:41
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