| Plaidoyer pour le Castellet |
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Quoi qu'on en dise, le Bol ça restera pour toujours Le Castellet.
Il faut avoir vu une fois dans sa vie un ZX7-R d'usine dans la ligne droite du Mistral à plus de 310km/h chrono débouler dans le hurlement suraigu de ses 15000 tours et allumer les RC45 avec 15 bornes de mieux... Il faut avoir vibré une fois au soleil couchant de Provence, émerveillé par la beauté des motos couchées à l'extrême dans la lumière orangée du double droit du Beausset et de la courbe du Garlaban... J'en ai encore des frissons dans le dos ...
Le départ à la poussette, par 40° à l'ombre provoque un stress inoubliable, tellement tout le monde redoute que son favori ne démarre pas, ou avec une ou deux secondes de retard.... Les premiers tours de piste explosent à un rythme d'enfer : les pilotes du premier relais essaient d'ores et déjà de creuser l'écart. Faut dire qu'on est souvent surpris après 24h de course, de voir à quel point un podium tient parfois à très très peu de choses… Pour l'heure ça bataille à mort entre les deux Suzuks d'usine. Les deux Kawa dont le bruit déchire l'échine, sont aux avants-postes; tandis qu'une improbable Yam dont tout le monde se fout essaie de suivre le rythme de fou engagé dès les premières secondes de course par des leaders littéralement survoltés. Un bataillon entier de Honda dont les moyens font souvent la différence, participe activement au spectacle, tandis que les deux Ducats font lever la moitié des tribunes à leur passage… Elles termineront probablement une fois de plus bonnes dernières, si jamais elles terminent…
Les alentours du Castellet incitent à la paresse… Des pins parasols partout, de la garrigue, des odeurs entêtantes de thym et de chênes verts, des chênes lièges dont l'écorce du tronc est découpée pour les bouchons. Le petit aérodrome derrière le circuit abrite un T6 TEXAN garé en bout de piste (il s'est écrasé début 2008, tuant ses deux occupants). Les routes sont magnifiques, odorantes, incroyablement sinueuses et surchauffées par un soleil de plomb. Au détour d'un virage l'inévitable camion de pompier garé sous un pin parasol, cagne dans l'air brûlant de cette fin d'après-midi, tandis qu'un de ses servants scrute l'horizon debout sur le toit du camion à la recherche du moindre départ de feu. Pendant ce temps là, les autres font la sieste à l'ombre... Dans les broussailles sèches qui poussent sur cette terre qui vire en permanence du jaune à l'ocre, la poussière vole au moindre coup de mistral. Au fond, la Ste Baume chauffée à blanc surplombe des adrets résineux bien souvent roussis, voire même franchement cramés, sous un ciel d'un bleu éthéré absolument inoubliable ....
Le soleil vers 19h là bas innonde d'une beauté folle chaque chose qu'il touche, et installe tranquillement le soir sur le circuit. Après la première heure, les équipages se sont légèrement calmés et la quiétude du lieu gagne le cœur et l'âme, malgré les échappements qui hurlent, là bas tout au fond dans le Mistral..
Puis le soir n'en fini pas de se coucher, le circuit se teinte de bleu, les premiers phares s'allument pendant que la Ste Baume brûle sous le soleil couchant d'un rouge qui n'existe pas ..... Les premières étoiles s'allument là bas à l'Est pendant que le rouge de l'Ouest se reflète dans la tour de contrôle. On commence à frissonner un peu, on ferme le cuir et on va bouffer un sandwich merguez cuit à la Motul dans la fumée des oignons frits, au milieu de nos Frères de la route en cuir, sales et souvent ivres, mais tous, uniformément et incroyablement heureux. Le concert de Parabellum a convaincu tout le monde que le Punk-Rock ne mourrait jamais tellement ces mecs ont de l'énergie et mettent de la conviction dans leur musique....
Les ravitaillements de nuit sont magiques. On peut alors voir une dizaine de mecs en combinaison, des outils ou des pneus dans les mains, attendre la prochaine machine qui va rentrer aux stands. Le mécano chargé du ravitaillement en essence porte deux tuyaux sur l'épaule ainsi qu'une cagoule et des lunettes noires, on se demande comment il va trouver la trappe .... Dans le viseur de mon F90X, je reconnais Méliand qui fait les 100 pas et distribue des consignes, le plus souvent en rigolant. Il fait semblant d'être décontracté mais il stresse à mort, ça se devine. La corne retenti, faisant sursauter tout le monde, signalant qu'une machine vient de prendre la chicane qui mène aux stands, tous les yeux se tournent alors vers le fond des stands, cherchant à deviner si c'est pour eux ou pas. Un mécano court en hurlant "en place, en place, vite" et la Suzuk N°2 s'arrête rapidement. Elle n'est même pas immobilisée que le pilote est déjà descendu et qu'elle est soulevée sans ménagements devant et derrière. En moins de 10 secondes, le plein est fait, la bulle est nettoyée, le pilote a changé et les deux pneus, tous les disques et les plaquettes ont été changés....... Après un bref regard en arrière pour ne percuter personne, la relève repart avec bien du mal à ne pas dépasser les 80km/h réglementaires.... On a l'impression d'avoir rêvé tellement tout a été vite.
Après quelques bières bas de gamme dont le leader est incontestablement une marque verte dont le nom commence par un Heine et finit par Ken en plein fief Ricard, on file vers 2h du mat' dormir un peu à la belle au fond du circuit, et c'est avec une joie inégalée qu'on s'endort sous les étoiles au son des mégaphones et avec le cul qui pique sur du Genévrier. Au réveil, vers 6h, une seule chose compte : putain, qui est en tête ??? Une fois rassuré par l'évidente vision d'un GSX/R Méliand qui bastonne en tête avec deux tours d'avance sur la Suzuk N°3, on peut aller prendre un café, ou même deux, ou même trois....
Le jour se lève et l'ambiance est calme et détendue comparée à la veille au soir, c'est un peu comme au lendemain d'un tremblement de Terre. On constate alors que la nuit a été difficile pour certains dont le cadavre est étalé dans leur vomi, mais là encore on est rassuré par la combinaison de cuir du mec dont l'origine provient incontestablement d'outre-Rhin et on rigole en pensant au temps qu'il va mettre à nettoyer ses moustaches pleines de houblon et de vomi, si jamais il les nettoie ..... A dix heures le soleil vous fait savoir qu'il va encore falloir compter sur lui aujourd'hui et on tombe le cuir autour de la ceinture. La promenade dans le village vous convainc définitivement de la beauté et du sex-appeal des filles du Sud.... surtout celles qui ont le petit débardeur Repsol sans manches...... Trois bières plus tard, on crève de chaud dans les S de la Verrerie et on cherche de l'ombre. Mais y en n'a pas. Comme glander au soleil à regarder des meules passer ça creuse, on se retape le même sandwich que la veille en se disant putain vivement qu'ils arrivent peske j'en ai plein le cul d'attendre qu'il se passe quelque chose.
Mais on n'a jamais longtemps à attendre : la Suzuk N°3 a cédé sa deuxième place sur chute à la Kawa de D'orgeix suivie de peu par la Honda décidément pas si trapanelle que ça de Lavieille et alors l'angoisse monte : putain c'est pas vrai, mais kesk'il a foutu ce con ???
Pendant que les mécanos s'activent à tout rafistoler avec les moyens du bord, le pilote qui va relayer son coéquipier blessé fait nerveusement les 100 pas, avec le cul de sa combine qui pendouille et des protubérances de carbone/kevlar partout, sous les yeux anxieux de centaines de suzukistes qui, pour la première fois de leur vie, prie le bon Dieu que ces fainéants de mécanos se magnent le fion, peske CA URGE BON DIEU.... Comme stigmatisé par la chute de la machine soeur, la Suzuk de tête fait péter chronos sur chronos avec deux records du tour en moins d'une heure..... Les hectolitres d'adrénaline qui coulent alors dans les veines des Gexmans présents feraient péter des montagnes : c'est tellement proche de la Nitroglycérine, ce truc .... Des spectateurs Hollandais découpent à la pince coupante les grillages qui bordent la piste sous les yeux incrédules d'un petit cordon de CRS, dont le chef est venu gentiment leur demander d'attendre encore un peu ...... mais y z'ont fait comme si il n'existait même pas... Puis, deux minutes avant 15h, quand, sales, poussiéreux, cramés jusqu'à la couenne et un peu fatigués quand même on a tous compris que Terry Rymer ne serait pas rejoint par D'orgeix, le soulagement était palpable : l'honneur était sauf ..... J'ai là une pensée pour Bertrand Sebileau qui avait fait deux cette année là, et qui s'était battu comme un lion, et qui est en ce moment dans un sale état suite à sa chute avec son ZX10.
L'arrivée est une véritable délivrance : le résultat de 24h de stress à soutenir un mec que je connais même pas, mais qui roule sur (presque) la même machine que moi..... Le bain de foule est obligatoire après 24 heures d'attente, ne serait-ce que pour approcher les mannequins en petite tenue qui distribuent des casquettes avec des sourires qu'on dirait que c'est ta meuf .... Ca hurle, ça gueule dans tous les sens que Suzuk, et ben c'est les meilleurs, ça shoote à tout va par dessus les têtes pour tenter de prendre en photo l'équipe des vainqueurs au jugé, et aussi pour apercevoir la culotte de leur voisine.... J'ai croisé Stan Perec qui reste à mon avis le plus grand photographe moto de ces 10 dernières années, et j'ai même pas osé lui adresser la parole.... Quand le Dimanche à 16h, tout le monde cramé par ce week end de soleil et de fête, descend à Bandol se tremper dans une eau à 26° avant de reprendre la route pour rentrer chez soi, ben j'vais vous dire, c'est p'têt ça le paradis. Surtout quand tu sais que tu vas te taper 800 bornes par les départementales pour remonter en Ile de France, en traversant le Var, le Lubéron (oh putain, le Lubéron...), Apt, La Nesque, le Ventoux, le sud de la Drôme et couper le Rhône au sud de Montélimar pour rejoindre l'Ardèche puis l'Allier et ensuite on s'en fout. Un p'tit resto provençal à Toulon m'a définitivement convaincu que je me damnerais volontiers pour leur petites courgettes rondes farcies, tandis que dans le port, la silhouette du porte-avion Clemenceau à portée de main dans le couchant m'a fait prendre conscience du week end extraordinaire que je venais de vivre. Le soleil se couche sur la mer qui miroite, je caille un peu sur mon R et mon pote à côté de moi assis sur son ZX6-R entend encore comme moi les hurlements de la Kawa.... Silencieux, on regarde ensembles le soleil descendre en pensant, mélancoliques, au retour du lendemain. C'est peut-être ça l'Etat de Grâce.
Dernière mise à jour: 12-02-2009 10:46
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