| Rencontres du 3ème type |
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Sur la bonne trentaine de fois où je me suis fait serrer en 23 piges de meule, y a quand même bien eu 2-3 fois où ça s’est passé très bien, voire même génial… J’éviterai de raconter ici les mauvais moments, tout le monde ne connaît que trop bien ces moments de grande solitude, et ça manque d’intérêt. En Avril 1999, 2 mois après une convalescence difficile suite à un emplâtrage en règle contre un jeune permis provincial complètement perdu dans la capitale, j’avais fini de remonter mon 71/2 et je vais voir un pote à 70 bornes de chez moi, du côté de Fontainebleau. Mon 750L marchait particulièrement bien à cette époque, faut vous dire que la ligne complète Yosh acier y était pour quelquechose… Je n’ai plus jamais retrouvé sur aucune autre meule, ni avec aucun autre pot, les sensations ennivrantes et viriles que procurait ce duo infernal. Ma compagne en parle encore avec effroi et des frissons dans le dos… En repartant de chez mon pote, je traverse gentiment le fameux rond-point de l’obélisque, où deux gendarmes en meule, bullent en regardant passer, l’oeil torve, les diesels anémiques et polluants de cette fin de siècle. En sortant de la forêt, le petit WAAAAAPP de mon Yosh a immédiatement fait tendre l’oreille connaisseuse de nos deux briscars, qui s’emmerdaient ferme… Vu que j’ai collé le centre du rond point en enroulant rapidement, ils n’ont pas eu trop le temps de réagir, ou plutôt, ils ont hésité, je l’ai senti, et j’en ai profité… Mais à vrai dire, j’abusais pas : j’enroulais gentil. C’était la première fois que je ressortais ma meule, vu que j’avais passé l’hiver à la remonter, donc j’étais pas bien flambard et je cherchais plus à retrouver mes marques qu’autre chose. Ayant remarqué l’intérêt certain qu’ils avaient montré à mon égard, je guettais dans mes rétros si par hasard ils n’avaient pas eu la très mauvaise idée de m’emboiter le pas… Je dis mauvaise idée, parce que vu mon état, j’aurais été bien emmerdé pour engager une course poursuite à travers la forêt : je me remettais à peine de mes blessures et psychologiquement j’étais encore fragile de mes deux cartons de cette sale année que fut pour moi 1998. Evidemment …… j’avais vu juste : ils m’avaient pris en chasse … A l’époque, j’avais pas encore pris le pli de systématiquement tomber deux rapports et foutre la post-combustion pour rejoindre la troposphère en un temps record, donc 100 mètres plus loin je me range sur le bas côté à la demande de l’un d’entre eux, je coupe le contact et mets la clé dans ma poche (une expérience précédente m’a appris qu’il faut toujours faire ça, ça évite à certains malotrus de s’en emparer …), j’enlève mon casque et salue les deux jumeaux en chemisette manches relevées, toutes lunettes noires dehors… Durant toute la discution, l’un d’entre eux n’aura pas décroché un seul mot, seul celui qui m’a arrêté discute volontiers.Ce mec à la trentaine bien sonnée et au visage sympathique maniait la prose maréchaussale avec un humour bien trempé que j’ai immédiatement apprécié… Une fois débarrassé de l’éternel cérémonial de la présentation des papelards, le gars me demande de démarrer ma meule, intrigué…et franchement rigolard…. L’autre aussi souriait… Il me demande alors, non sans malice, de mettre un coup de gaz…. Sentant venir le piège, je m’ éxécute, pas fier, et balance un Baaaap plutôt timide ne dépassant pas 5000 tours… Me sentant léger sur ce coup là, il fait mine de prendre les gaz en me demandant, tout sourire dehors : « permettez ? »….. Qu’est-ce que vous voulez que je lui refuse ???!!! Et là, il me balance un PUTAIN de BAAAAAAAAAAAAPPPPPP, jusqu’à environ 10000 tours….. Je me suis dit : « ça y est ma vieille, ce soir tu dors au ballon… »… Et là, les deux baltringues se regardent, incrédules, et explosent de rire……C’était une autre époque, vous avouerez… Remis de son fou-rire, mais quand même impressionné, le gars me dit : - "Bon, euh, là je suis quand même obligé de faire kekchose..." Résigné mais quand même dégoutté de me faire aligner dès ma première sortie, je lui lache non sans quelques ressentiments : - "Ouaip, ben allez-y, d’toute façon c’est pas mon année, j’ai pris deux carton sévères en très peu de temps alors que j’ai jamais rien eu en 14 ans de route, alors…" Et là, la discution colle : - "Ah bon, qu’est –ce qu’il vous est arrivé ?" Je lui raconte sans chercher à larmoyer les mois difficiles que je venais de vivre, et je ressens en lui racontant tout ça, que le mec est touché par ce que je dis : il me pose des questions, me demande des détails, et pour lui prouver un peu que je ne racontais pas de conneries pour échapper à l’avoine, je lui montre ma butée de direction droite, complètement arrachée. Impressionné, le gars embraye : - "Ceci dit c’est une super machine que vous avez là, et elle est vraiment très belle…" - "Euh…merci…vous connaissez, visiblement…." - "C’est pas parce qu’on roule sur des merdes au boulot qu’on doit oublier ce qui existe…." J’avais du mal à en croire mes esgourdes…l’autre souriait sans rien dire….Au bout d’un quart d’heure de palabres où on sentait naitre …comment dire… pas encore une amitié, mais ça aurait pu, il range son carnet à souche et me balance en riant : - "Bon, écoutez, je vais vous prouver qu’on peut être compréhensif. La prune, je vous la met pas, mais présentez vous dans les trois jours à la gendarmerie avec un pot homologué, ou au moins pas trop bruyant…" Complètement interloqué (j’ai pas l’habitude qu’on me fasse des fleurs), je le remercie sincèrement tout en lui expliquant qu’un pot homologué allait me couter dans les 6000 balles, et que je ne pouvais vraiment pas mettre cette somme….Il me signale alors que dans une casse, j’aurais plus de chances de trouver un échappement à un prix correct et il ajoute, mort de rire : - "Bon, écoutez, je vais pas vous apprendre comment faut faire : vous démontez le silencieux d’un pote, vous le montez sur votre machine, vous venez me voir, je vous rends vos papiers et après vous redémontez le silencieux et vous le rendez à votre pote….." Là j’ai pas pu m’empêcher de me tordre en deux, et il en a profité pour rajouter : - "Comme ça, j’aurais le plaisir de vous arrêter à nouveau dans 6 mois pour discuter …"
Dix ans plus tôt – Périphérique Est-Parisien – 23h30
Complètement excité à l’idée de rentrer comme un malade mental du boulot à chez moi avec mon 350LC presque neuf, j’enfourche fébrilement le « corpus delicti » et monte la rampe de sortie du parking de mon taf en faisant chauffer nerveusement. La Porte d’Asnières est vite rejointe, et c’est le moteur encore froid que j’enquille le périph’ Est dans la fraicheur de ce mois de Mars. Aux alentours de la porte d’Aubervilliers, mon deux temps préféré enfin chaud, je me colle le casque au compte-tour et envoie la purée. Instantanément, les 63cv du LC sortent de leur box tous en même temps et les 200km/h sont atteints en, disons, quelques centaines de mètres… Tout absorbé par mon magnifique tableau de bord allumé et cloitré au fond du carénage pour échapper à l’humidité de la nuit, je passe la porte de Bagnolet à toute berzingue, un miaulement derrière moi emplissant le tunnel. Il fait bon, ya personne, et mon moulin pète la forme : un grand moment. Je suis sensé sortir Porte de Montreuil pour rejoindre mon appart’, mais manque de bol, elle est fermée. Et puis tout à coup, gros ralentissement.Je lève la tête, pour me rendre compte que la voie de gauche est neutralisée pour travaux. Et puis 200 mètres plus loin, celle du centre aussi.Et puis encore 200 mètre plus loin des travaux nous obligent à sortir du périph au niveau de la porte de Vincennes. Et là…… catastrophe. La maison Poulaga est là, en forme et au grand complet. Dans 3 fourgons, quelques criminels de la route qui ont osé franchir 120km/h sont jugés sur place par trois juges frustrés de la bite et au physique plutôt ingrat. Leur permis leur a été retiré immédiatement et un discours moralisateur leur a été servi, tout obligés d’écouter qu’ils étaient, en plus d’une avoine qu’ils ne sont pas près d’oublier. Une bonne quinzaine de perdreaux cherchent des yeux d’autres clients à dépouiller, tandis que deux motards de la Police sont arrêtés sur le trottoir et observent la scène sans rien dire. Avant que j’ai eu le temps de dire « chié… », une jeune recrue avide de faire son devoir et de servir la France, se précipite sur moi et enlève manu-militari les clés de mon contact avec un sourire qui m’a fait froid dans le dos et me balance « je m’occupe de vous dans 2 minutes ».
Au bout de 5 minutes, notre baltringue de service revient et se plante devant moi : - "A combien vous rouliez ?" - "Oh, allez 90 à tout casser…" - "C’est s’kon va voir…" Avec un gros Talkie de l’ère pré-Sarkosyenne, il appelle devant moi un obscur collègue noctambule planqué derrière un rail de sécurité de la porte de Pantin, son fidèle Mesta 208 à sa droite qu’il caresse d’une main tremblante avec plus de tendresse que pour son propre chien, l'œil lubrique. - "Euh, Delta Charlie, vous m’recevez ?" - "Affirmatif, Kilo Roméo, j’vous r’çoit 5 …" - "Euh, la moto euh (il se penche sur mon réservoir pour lire la marque) YA-MA-YA euh, non, YA-MA-HA rouge et noire, quelle vitesse ?" - "Un instant Kilo Roméo……alors, la moto rouge et noire … 189km/h…" A cet instant les deux motards se regardent, complètement interloqués…
Là, j’ai pas pu m’empêcher : - "Alors là, c’est pas possible, c’est pas moi, ma moto n’est donnée par le constructeur que pour 183km/h, et elle est parfaitement d’origine (ce qui est vrai, mais visiblement elle était en forme la p'tite !!!). Mais je me suis fait passer par un FJ12 tout à l’heure, même qu’y tartinait drôlement (ce qui est évidemment un mensonge éhonté), moi je rentre du boulot, je suis crevé, je roule tranquille…" - "Euh, bon, Delta Charlie, je demande identification de la tenue du pilote de la moto.." - "Kilo Roméo, pilote veste noire, casque bleu …"
J’étais habillé avec une veste BLEUE et un casque NOIR … - "Delta Charlie, je demande confirmation sur la tenue du motard…" - "Kilo Roméo, tu vas m’emmerder encore longtemps avec tes conneries ??? J’ai dit PILOTE VESTE NOIRE, CASQUE BLEU…." Le pauvre nénesse vivait un moment pas facile sous l’œil goguenard de ses deux collègues en meule, qui visiblement n’aimaient pas du tout ce à quoi ils participaient. - "Euh, bon, ben désolé c’est pas vous…." Et il me rend mes clés… J’en croyais pas mes esgourdes… - "Circulez…" Depuis un moment, je sentais une certaine sympathie émanant des deux motards, ils tournaient autour de mon 350, faisaient des commentaires, se marraient… et puis ils se sont approchés et l’un d’entre eux m’a dit : - "D’toute façon, à 90, tu l’abimes cette machine …." - "Ah, ben je vois que vous connaissez, écoutez, c’est vrai que sur les routes de campagne, quand il fait beau, que vous êtes pas là, et si la Terre est ronde, c’est vrai qu’éventuellement, des fois, si je suis en forme, je me permets d’y aller légèrement plus fort…. Et sinon, je peux y aller, là ???" Les deux jumeaux se regardent en rigolant et le deuxième me balance : - "Ouais ouais, allez-y, c’est votre jour de chance aujourd’hui …." J’ai fermé ma gueule et j’me suis cassé en faisant bien bien attention de surtout pas passer 4000 tours…Morts de rire, qu’ils étaient mes deux baltringues…..
17 Juillet 1994 – Autoroute A5 - 100 bornes au nord de Dijon – 15h11.
Les 20 soupapes de mon bloc Genesis virevoltent à 12000 tours depuis environ 4 bonnes heures maintenant. Je suis parti ce matin de Sospel (25 bornes dans les montagnes au nord de Menton) vers 11 h avec la ferme intention de taper un nouveau record. Pourtant tout avait mal commencé : l'autoroute A6 étant complètement saturée jusqu'à 60 bornes au Sud de Paris par des chiées de caravanes, des enculés de camping-car, des 30 tonnes merdeux et des vacanciers irrascibles, pressés, dégoulinants de sueur dans leur caisse à la con sous un soleil impitoyable. Je m'étais frayé un chemin à coups de hache dans ce bordel indescriptible que sont les week ends de départ en période estivale en région Parisienne… Et puis, petit à petit, l'A6 s'est libérée de leur emprise au fur et à mesure que je remontais les files, pour finalement m'ouvrir la voie vers l'Aventure, une nouvelle fois … Couché dans la maigre bulle du 750FZ à une vitesse moyenne de 240/250, j'avais pris une position imperturbable, le regard au loin, l'esprit aiguisé, l'œil acéré, le cerveau en feu et les bras douloureux à cause de l'adrénaline qui se déversait à sceaux dans mes artères … Pour l'heure je suis en avance sur mon horaire. J'ai rien bouffé et les ravitos essence sont expédiés manu militari pour pas perdre de temps. Il fait un temps splendide, très chaud, même. Le FZ ronronne doucement sur la voie de gauche, précédé de son projo de 100W qui alerte instantanément l'imbécile qui pourrait avoir l'idée saugrenue de déboiter. Je suis aux aguêts, mais détendu : j'ai presque l'impression de me trainer.Là bas au loin, je repère sur ma file une grosse bagnole jaune et basse qui semble filer bon train. Je la ramare en quelques centaines de mètres et me porte à sa hauteur : c'est une Countach… Le mec m'a vu arriver, et s'est tout de suite collé à la rambarde pour me laisser passer : il croise à 220 et moi à 30 bornes de mieux… Petit signe de la main, un sourire, et roule moumoule : j'ai pas le temps de taper la discute. L'autoroute est absolument déserte, le paysage splendide et la selle du FZ, un enfer !!! Et puis au bout d'un moment, un détail allume une lanterne rouge dans mon esprit : des sapins !! - "Comment ça, des sapins ???" Instantanément, j'ai relevé la tête et coupé les gaz, parlant tout haut… Et pis, à bien y réfléchir, d'autres détails me sautent aux yeux : la température s'est rafraichie, et cette autoroute si déserte c'est plutôt bizarre, et ce paysage que je ne connais pas … - "Merde, j'ai dû me gourer quelque part…" Et pis personne pour demander mon chemin… en même temps sur une autoroute, des chemins, y en a pas 50… En plus, mon partiel indique 120 bornes et vu le rythme, je suis obligé de ravitailler tous les 160 bornes, ça va p'tête être chaud, là … Légèrement inquièt, je réduis les gaz pour me maintenir dans une conso raisonnable, et j'attends…à 180 de croisière… Tout à coup, un panneau TOTAL m'indique une station dans 20 bornes, et c'est le cœur soulagé que je remets une pelletée de charbon dans la chaudière, retrouvant mon rythme habituel, et aussi pour rejoindre deux meules qui roulent l'une derrière l'autre à quelques centaines de mètres en contrebas, dans le fond d'une bonne descente : je vais enfin savoir où je suis !!! La belle descente en ligne droite qui coule sous mes roues m'a incité à bloquer tous mes manos …et c'est dans un déferlement de soupapes que je colle un bon 265 au tachy, le compte-tour au rupteur, au moment même où un affreux doute s'empare de moi ….. Le temps de lever un œil et j'atomise le premier gendarme en K75 avec 150 bornes de mieux, debout sur les freins…. Le temps de lever l'autre et j'explose le second au ras de ses moustaches modèle 49 rectifié 56 avec 100 bornes de mieux, dans un couinement de pneu avant… Dans ce genre de situation, ya pas à tergiverser : faut ruser …Je me colle à côté du premier que j'ai dépassé et ouvre ma visière, tandis qu'il en fait autant en ralentissant jusqu'à 80 pour qu'on s'entende… - "Bonjour, on n'est pas sur l'A6, ici ???" - "Ha ben non, gars ! T'as loupé l'embranchement avant Dijon, t'es sur l'A5 …" - "Hein ??? mais ça va où ça, l'A5 ???" - "Ben à Troyes …" - "Ah merde, mais je fais comment pour rejoindre l'A6 ???" - "Reste sur l'A5, ça va te faire un détour mais tu vas arriver de l'autre côté de Paris, du côté d'Eurodisney." Je reconnais que ses renseignements étaient précieux, mais à vrai dire, j'étais plus occupé à lui poser des questions pour noyer mon méfait que réellement préoccupé par mon chemin … - "Ah super, merci bien …" Le gars avait une superbe moustache à l'anglaise et un regard très sympathique, dans un visage franchement jovial… J'aurais volontiers été boire une mousse avec lui dans le rade le plus proche… Et puis, l'œil complice, il me fait signe de partir à toute bombe et gueulant : - "Allez, vas-y mon gars …" Je l'ai regardé comme si j'étais David Vincent en personne et lui un extra-terrestre, et je me suis pas fait prier, sous l'œil patibulaire, mais presque; du second qui, visiblement n'avait pas la largesse d'esprit de son collègue Franc-Comtois… J'ai rallié mon appart en moins de temps qu'il ne le faut à un évêque pour sortir son goupillon, battant ainsi un nouveau record : 1100km en 5h55 …
En FZ, en plus !!!
Au tout début des années 90 j'ai vécu mes meilleures années professionnelles dans ce fameux bouclar d'analphabêtes-psychopathes que vous connaissez tous maintenant, à savoir la CIMO. Ces trois années ont été merveilleusement riches en histoires en tout genre allant du carrément tragiques au purement jouissif. C'est à cette occasion que j'ai pu essayer presque toute la production motocycliste dans un état d'esprit que vous pouvez imaginer…. Et un jour de printemps 1993 … Calé au fond du siège à étage du ZL900 US presque neuf de la turne, je déchaine d'un coup de poignet les 115cv du premier bloc Kawa liquide dans un hurlement dantesque du pneu arrière en plastique dur sous les yeux médusés des nombreux passants de la Place Stalingrad… Le ZL900, c'est un truc à part : conçu pour concurencer le Vmax, Kawa n'avait rien trouvé de mieux que de coller le bloc du 900 Ninja premier du nom dans un chassis franchement typé custom, raide, freinant très moyennement, à la tenue de route dite "du serpent de mer", mais atomisant d'un feu à l'autre à peu près n'importe quoi…… Faut vous dire que des 900, y en a eu 15 en France, pas un de plus. C'est Didier Robert, le boss de La Folie Méricourt qui en avait fait venir de je sais plus où, contre l'avis de l'importateur… Faut dire aussi qu'à ce moment là on venait de prendre la loi des 100cv sur la gueule, et que l'engin en tapait 115 et sentait un peu la nitro … Faut se rappeler qu'à l'époque, pas grand-chose ne passait les 110cv…au vilo.Au vu du succès affirmé du machin, Kawa a réagit 2 ou 3 ans après et nous a servi l'insipide ZL1000, bridé à mort, castré de ses chevaux les plus sauvages et nettement embourgeoisé par des chromes douteux et une ligne franchement plus lourdingue. Mais le 900, c'était autre chose : un vrai baton de dynamite. Les mains tremblantes, les genoux flageolants, les yeux fous et le souffle court, j'essaye de retrouver mon calme le temps que le feu passe au vert… Un VF1000R que j'ai proprement atomisé au feu précédent se range à côté de moi légèrement en retrait, visiblement vexé, l'air dédaigneux sur sa poubelle à 52000 balles …J'ai à peine le temps de penser : "trouduc, va…", que mon 4 pattes hurle sa race et me balance un coup de pompe dans le cul comme jamais j'en ai pris, ½ seconde après le feu vert allumé… J'ai réagit instinctivement, brutalement, sans réfléchir, et c'est à un bon 100 miles per hour (environ 160 km/h…) que j'arrive sur le feu suivant, des larmes plein les yeux et le cœur battant la chamade, des sceaux d'adrénaline dans les artères … C'est mon 12èmerun depuis que j'ai compris comment ça marchait, et j'arrive pas à m'en lasser : l'accélération du météore noir que je chevauche est tout bonnement hallucinante.Un truc de malade : ça se dandine dans les virages, faut serrer le frein comme un mort pour à peine ralentir, j'ai mal au cul et aux reins en à peine 15 bornes d'utilisation mais il me semble bien que les manches de mon cuir sont un peu plus courtes que tout à l'heure…effet d'optique ou quoi ??? Aux alentours de la porte St Denis, je jette nonchalament un œil lubrique aux jolies jeunes (et moins jeunes !) Femmes qui battent le pavé de la rue St Denis, tentant vainement d'apercevoir un bout de fesse… Ma connerie m'a fait rigoler, et c'est le cœur léger et paillard que j'ai loupé le démarrage du feu, tout occupé que j'étais à lorgner les bas résille de ces dames…. Quittant à regret ce quartier libidinal, j'ai fait couiner le pneu arrière en bois à chaque départ de feu dans un mugissement d'apocalypse. Et pis en vue de la rue de la Roquette (la bien nommée !!), alors que j'étais en train de passer en réserve, deux jumeaux en K75 me serrent manu-militari contre les caisses en stationnement et me font signe de m'arrêter. Un espèce de SS en lunettes noires se plante devant moi les jambes écartées comme un cow-boy et me balance sans rigoler : - "Bonjour Monsieur, contrôle de Police, pouvez-vous me présenter les papiers inhérents à la conduite de ce véhicule, s'il vous plait ?"… - "......quoi ????" - "Les papelards d'ta meule …" - "Ah…ok…" En fait j'avais pas percuté, mais il m'avait arrêté parce que la plaque de mon bombardier était masquée par un énorme scotch noir sur lequel était écrit l'immat d'atelier du magasin. Faut savoir que tout bouclar de meule possède un numéro d'immat attribué par la préfecture qui permet de circuler avec des véhicules qui ont été rachetés à des clients, sans bien sûr rouler avec leur ancien numéro. Il a donc voulu vérifier ce que c'était que ces chiffres marqués au feutre blanc… Je lui ai donc montré la photocopie de la carte grise du magasin sur laquelle est spécifiée la mention "tous véhicules à deux roues" sous le même numéro d'immat, et c'est là qu'il a tiqué… - "Vous savez que vous n'avez pas le droit de circuler avec une photocopie de carte grise mais que vous devez avoir l'original ?" - "Ben, non…mais je fais s'kon m'dit : mon boss m'a dit de faire comme ça, alors je vais pas discuter…" En fait il avait parfaitement raison, mais toutes les concessions font la même chose : elles donnent des photocops aux gens qui circulent avec les meules du magasin, souvent des mécanos, tout simplement parce que ça permet qu'il y ait plusieurs mecs qui roulent en même temps avec la même carte grise, mais sur des meules différentes…on y gagne beaucoup de temps. Même si c'est interdit, c'est quand même pas bien méchant, le seul hic, c'est si yen a un qui se fait pécho au radar : comment savoir lequel c'est ?... Et pis visiblement, la conversation l'emmerdait, et je crois qu'il avait plutôt plus envie de mieux détailler l'engin que je chevauchais que de me foutre une prune. - "C'est quoi c't'engin ???" - "Ben c'est un ZL900, y vient des States, yen a pas en France encore…" - "Et bien sûr, il est homologué ? Et en 100cv je suppose……" Merde, j'y avais pas pensé… Sentant venir le coup fourré, je tergiverse en lui disant qu'on a le droit de rouler 6 mois avec, le temps de faire le nécéssaire pour l'homologation, ce qui est vrai. A vrai dire il en savait foutrement rien, et s'en balançait comme de son premier sifflet : ce qui l'interressait c'était le moteur : - "C'est le moulbif du 900 Ninja, non ? Ca doit bien marcher, ça …" - "Sûr…." J'osais plus rien dire : si ça se trouve il me suivait dans mes pérégrinations depuis ¼ d'heure… - "Tiens, j'aurais pas été en uniforme, je t'aurais demandé de me la prêter…" - "……………..????!!!!" Tous à coup on avait élevé les cochons ensembles .. A mon avis il les avait élevés tout seul, oui … Là dessus arrive le deuxième condé, qui s'avéra être … une condette !!! Petite, mignone, blonde avec des couettes, un peu boulotte mais ça lui allait bien, son boule était généreux et sentait bon la cavalcade endiablée... - "Mais vous travaillez où ?" , qu'elle me dit, la jolie dindonnette… - "Ben, à la CIMO, vous savez, le bouclar d'occasion, rue Marcadet…" - "Ah oui, ah ben ça alors, ah ben justement je voudrais vendre ma moto perso, vous pensez que c'est possible ?"
Héhéhéhéééé…..
- "Bien sûr, c'est quoi comme meule ?" - "Ma MOTO (elle n'aimait visiblement pas trop mon langage…) est une 500 EN…" - "Oh, pas d'problème, ça se vend bien ce piège, en général ça reste pas la semaine…" - "Ce quoi ????..." - "Euh, ce custom…passez quand vous voulez, venez me voir directement à l'entrée du mag, justement, c'est moi qui les rachète…". J'ai soudain eu l'impression d'avoir été propulsé dans l'entourage immédiat du vieux barbu qui garde la porte du paradis … Elle me regardait avec des yeux de biche en chaleur et minaudait comme seule une femelle interressée par les talbouzes sait le faire, ce qui a immédiatement provoqué en moi un énorme développement de ma personnalité…. Louchant vers son fiacre généreusement moulé dans un uniforme un peu trop petit pendant qu'elle discutait avec son collègue; je me faisais la réflexion que j'aurais pas été contre un petite sieste orgiaque, ou orgiesque, comme vous voudrez, votre serviteur partant du principe qu'il est toujours bon d'enculer la loi…. - "Bon, ben c'est d'accord, je viendrai vous voir Samedi matin avec ma moto…" Et elle ajoute, un sourire gourmand aux lèvres : - "Comme ça on fera connaissance…" - "………." Sans voix, que j'étais. Je me voyais déjà dans sonouienfinbref.
Y m'ont rendu mes papelards en me saluant, la nymphette en calot a rejoint son trois pattes de bonne sœur en roulant un fion dans lequel j'aurai bien pris mes quartiers d'hiver, y m'a même bien semblé qu'elle s'est carressé négligeament les nichons sous un tuyau d'arrosage; tandis que le chef s'est gratté le cul, a largué une caisse, a remis ses lunettes de tueur sur un sourire carnassier, puis a finalement enfourché sa daube comme Gary Cooper monte sur un canasson : à s'en faire péter les hémoroïdes…. Dernière mise à jour: 24-08-2007 08:30
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Merci pour tes belles histoires, c'est beau et ça fait plaisir.